« Mais ça n’a rien à voir ! » ou l’incohérence de la mauvaise foi…

Un article qui fait réfléchir, et que j’ai tenu à partager…Merci à Aldor,  du site http://improvisations.fr

 

« Ça n’a rien à voir ! », « Ça n’a aucun rapport ! », « Ça n’est pas la même chose ! », s’exclame-t-on le plus souvent lorsque quelqu’un a pointé une contradiction dans notre comportement, une incohérence dans nos façons d’être, nos discours, ou la fidélité des unes aux autres.

« Ça n’a rien à voir ! », dit-on alors, comme l’avait fait cette journaliste iranienne suppôt de la rigueur morale, du port du voile et de l’interdiction de l’alcool, qu’on avait photographiée, au début de l’été, buvant une bière, sans voile, dans un jardin suisse.

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On a tous – presque tous, peut-être ? – des velléités d’avoir, caché quelque part sous le tapis, un domaine privé, n’appartenant qu’à nous, au sein duquel on puisse trouver un peu de confort, relâcher les contraintes, ne pas subir la pression ambiante. Et on s’ingénie à le construire et à le bichonner, ce petit espace privé, placé à part, où l’on se donne des libertés et des souplesses plus grandes, et dans lequel on se désaltère et se ressource. Et on le fait parfois pour les meilleures raisons du monde : quand on aura, au fond de cette cachette, pu reprendre souffle et force, on sera mieux armé, pense-t-on, pour revenir dehors et pour appliquer scrupuleusement et rigoureusement les règles qui s’imposent, les règles que nous nous imposons, que nous avons choisi de nous imposer.

J’ai – sans y rien connaître – le sentiment que les civilisations, les religions, les peuples, portent un regard différent sur ce genre d’espace privé. J’ai l’impression que l’Islam ou le Catholicisme acceptent assez bien que, sans naturellement en abuser, on puisse, dans l’espace clos de sa maison, appliquer des règles différentes de celles s’imposant dans l’espace public, alors que le Judaïsme ou le Protestantisme y sont beaucoup plus réticents. Je me souviens de ces appartements d’Amsterdam dont les fenêtres étaient dépourvues de rideaux, chacun semblant vouloir montrer, dans l’étalement public de sa vie privée, qu’il n’avait rien à en cacher.

Je n’ai pas, sur cette question, d’avis tranché : je crois cependant qu’accepter des règles différentes peut conduire à renforcer plus que ça n’est acceptable les contraintes mises sur l’espace public parce qu’on peut, une fois revenu chez soi, y déroger, et cela me paraît susceptible de conduire à une surenchère largement fondée sur l’hypocrisie – ce que je n’aime pas.

Un petit livre sympa et rigolo, à lire à ce sujet : Y a-t-il une vie après le périph ? : Country guide de (relative) mauvaise foi à l’usage des Parisiens candidats à l’exil

Y a-t-il une vie après le périph ?: Country guide de (relative) mauvaise foi à l'usage des Parisiens candidats à l'exil par [Rigaud, Laetitia]

 

 

Mais ce qui m’apparaît surtout aujourd’hui, et qui suscite cette improvisation, c’est la prise de conscience récente de la mauvaise foi intrinsèque que recèle le « Ça n’a rien à voir » que nous lâchons quand notre espace privé à été mis à nu et qu’un oeil y a décelé ce qu’à nous-même nous avions voulu cacher. Ce « Ca n’a rien à voir ! » que j’ai si souvent susurré à Katia quand la faux de son regard avait saisi l’incohérence essentielle d’une façon d’être, incohérence dont je me défendais en expliquant qu’il s’agissait de tout autre chose alors qu’au fond de moi, une voix essayait de me dire que ce rien à voir avait tout à voir et que cette tout autre chose était en fait la même.

Une expression de la mauvaise foi.

Paix et Gratitude,

P.C

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