La vie est brève….(mais l’article est long !)

A télécharger ici : gratuit

Dans ma recherche de vivre pleinement, une pensée revient souvent : la vie est courte. Récemment, j’ai lu un article qui citait un texte de Sénèque sur ce sujet. Mais qu’ont en commun l’entreprenariat, l’argent et un philosophe mort il y a presque 2000 ans ? Beaucoup plus de choses qu’on ne pourrait le penser.

L’élément le plus évident est simple : quel que soit votre but dans la vie, l’estimation que vous faite de votre vie (la valeur que vous donnez au temps) influence vos décisions quotidiennes. Un type d’histoire que l’on retrouve souvent au cinéma ou dans la littérature illustre bien ceci : celle où le personnage apprend qu’il lui reste 6 mois à vivre. Soudainement, toutes les priorités dans sa vie changent.

La réunion qui était prévue au travail n’est plus si importante que ça. Les personnes qu’il ne souhait pas voir depuis longtemps l’apprennent et les activités quotidiennes sont toutes changées. Il se pose une seule question : quel souvenir vais-je laisser à mes proches et au monde ? Quelle aura été ma contribution ?

Devriez-vous agir comme si il ne vous restait que 6 mois à vivre ? Peut-être pas, mais gardez en tête que la fin de la partie peut être sifflée n’importe quand…

Aussi, voici quelques extraits du texte original. Le texte traduit dans son intégralité est disponible sur cette page. Lisez ce texte, je vous assure qu’il est profond d’enseignements. Les quelques minutes passées à le lire payeront d’elles mêmes.

« La plupart des mortels, Paulinus, se plaignent de l’injuste rigueur de la nature, de ce que nous naissons pour une vie si courte, de ce que la mesure de temps qui nous est donnée fuit avec tant de vitesse, tarit de rapidité, qu’à l’exception d’un très-petit nombre, la vie délaisse le reste des hommes, au moment où ils s’apprêtaient à vivre.

Voilà la vérité : nous n’avons point reçu une vie courte, c’est nous qui l’avons rendue telle.

Pour qui sait l’employer, la vie est assez longue. Mais l’un est dominé par une insatiable avarice ; l’autre s’applique laborieusement à des travaux frivoles ; un autre se plonge dans le vin ; un autre s’endort dans l’inertie ; un autre nourrit une ambition toujours soumise aux jugements d’autrui ; un autre témérairement passionné pour le négoce est poussé par l’espoir du gain sur toutes les terres, par toutes les mers ; quelques-uns, tourmentés de l’ardeur des combats, ne sont jamais sans être occupés ou du soin de mettre les autres en péril ou de la crainte d’y tomber eux-mêmes. On en voit qui, dévoués à d’illustres ingrats, se consument dans une servitude volontaire.

Les vices nous entourent et nous pressent de tous côtés : ils ne nous permettent ni de nous relever, ni de reporter nos yeux vers la contemplation de la vérité ; ils nous tiennent plongés abîmés dans la fange des passions.

Aucun homme ne souffre qu’on s’empare de ses propriétés ; et, pour le plus léger différend sur les limites, on a recours aux pierres et aux armes. Et pourtant la plupart permettent qu’on empiète sur leur vie.

Je m’adresserai volontiers ici à quelque homme de la foule des vieillards : « Tu es arrivé, je le vois, au terme le plus reculé de la vie humaine ; tu as cent ans on plus sur la tête ; hé bien, calcule l’emploi de ton temps ; dis-nous combien t’en ont enlevé un créancier, une maitresse, un accusé, un client ; combien tes querelles avec ta femme, la correction de tes esclaves, tes démarches officieuses dans la ville. Ajoute les maladies que nos excès ont faites ; ajoute le temps qui s’est perdu dans l’inaction, et tu verras que tu as beaucoup moins d’années que tu n’en comptes.

Il ne vous souvient jamais de la fragilité de votre existence ; vous ne remarquez pas combien de temps a déjà passé ; et vous le perdez comme s’il coulait d’une source intarissable, tandis que ce jour, que vous donnez à un tiers ou à quelque affaire, est peut-être le dernier de vos jours. Vos craintes sont de mortels ; à vos désirs on vous dirait immortels.

La plupart des hommes disent : A cinquante ans, j’irai vivre dans la retraite ; à soixante ans, je renoncerai aux emplois. Et qui vous a donné caution d’une vie plus longue ? qui permettra que tout se passe comme vous l’arrangez ?

N’est-il pas trop tard de commencer à vivre lorsqu’il faut sortir de la vie ? Quel fol oubli de notre condition mortelle, que de remettre à cinquante ou soixante ans les sages entreprise, et de vouloir commencer la vie à une époque où peu de personnes peuvent parvenir !

Enfin tout le monde convient qu’un homme trop occupé ne peut rien faire de bien : il ne peut cultiver ni l’éloquence ni les arts libéraux ; un esprit tiraillé, distrait n’approfondit rien ;

Il appartient, croyez-moi, à un grand homme, élevé au-dessus des erreurs humaines, de ne se point laisser dérober la plus petite partie de son temps : car celui-là a joui d’une très longue vie qui a su n’employer qu’à vivre tout le temps de sa durée ; il n’en a rien laissé d’oiseux ni de stérile ; il n’en a rien mis à la disposition d’un autre ; il n’a rien trouvé qui fût digne d’être échangé contre son temps, dont il est le gardien économe : aussi la vie a-t-elle été suffisante pour lui, mais nécessairement doit-elle manquer à ceux qui la laissent gaspiller par tout le monde.

Chacun anticipe sur sa vie, tourmenté qu’il est de l’impatience de l’avenir et de l’ennui du présent.

Ce n’est donc pas à ses rides et à ses cheveux blancs, qu’il faut croire qu’un homme a longtemps vécu : il n’a pas longtemps vécu, il est longtemps resté sur la terre.

Je ne puis contenir ma surprise, quand je vois certaines gens demander aux autres leur temps, et ceux à qui on le demande se montrer si complaisants. On dirait que ce qu’on demande, ce qu’on accorde n’est rien ; on se joue de la chose la plus précieuse qui existe.

Personne ne vous restituera vos années, personne ne vous rendra à vous-même. La vie marchera comme elle a commencé, sans retourner sur ses pas ni suspendre son cours ; et cela sans tumulte, sans que rien vous avertisse de sa rapidité ; elle s’écoulera d’une manière insensible.

Qu’arrivera-t-il ? tandis que vous êtes occupé, la vie se hâte, la mort cependant arrivera, et bon gré mal gré il faudra la recevoir.

Si vous ne saisissez ce jour, il s’envole, et même quand vous le tiendriez, il vous échappera. Il faut donc combattre la rapidité du temps, par votre promptitude à en user.

Les hommes occupés d’affaires n’en tirent aucun parti, car ils n’ont pas le loisir de porter un regard en arrière ; et quand ils l’auraient, des souvenirs mêlés de regrets ne leur sont point agréables. C’est malgré eux qu’ils se rappellent le temps mal employé.

Mais celui qui fut dévoré d’ambition, celui qui se montrait insolemment dédaigneux, qui abusa sans mesure de la victoire, celui qui fut un fourbe, un déprédateur avare, un dissipateur insensé, doit nécessairement craindre ses souvenirs.

Une âme paisible et calme est toujours a même de revenir sur toutes les époques de sa vie.

Enfin, voulez-vous savoir combien leur vie est courte ? voyez combien ils désirent de la prolonger.Des vieillards décrépits demandent à mains jointes quelques années de plus, ils se font plus jeunes qu’ils ne sont, et, se berçant de ce mensonge, ils le soutiennent aussi hardiment que s’ils pouvaient tromper le destin. Mais si quelque infirmité vient leur rappeler leur condition mortelle, ils meurent remplis d’effroi ; ils ne sortent pas de la vie, ils en sont arrachés ; ils s’écrient qu’ils ont été insensés de n’avoir point vécu. Que seulement, ils réchappent de cette maladie, comme ils vivront dans le repos ! Alors, reconnaissant la vanité de leurs efforts pour se procurer des biens dont ils ne devaient pas jouir, ils voient combien tous leurs travaux furent impuissants et stériles !

Mais pour celui qui l’a passée loin de toute affaire, combien la vie n’est-elle pas longue ? rien n’en est sacrifié, ni prodigué à l’un et à l’autre ; rien n’en est livré à la fortune, perdu par négligence, retranché par prodigalité ; rien n’en demeure superflu. Tous ses moments sont, pour ainsi dire, placés à intérêt. Quelque courte qu’elle soit, elle est plus que suffisante ; et aussi, lorsque le dernier jour arrivera, le sage n’hésitera pas à marcher vers la mort d’un pas assuré.

Il est des hommes dont le loisir même est affairé : à la campagne, dans leur lit, au milieu de la solitude, quoique éloignés du reste des hommes, ils sont insupportables à eux-mêmes.

On dit souvent qu’il n’a pas été en notre pouvoir de choisir nos parents ; que le sort nous les a donnés. Il est pourtant une naissance qui dépend de nous. Il existe plusieurs familles d’illustres génies ; choisissez celle où vous désirez être admis, vous y serez adopté, non seulement pour en prendre le nom, mais les biens, et vous ne serez point tenu de les conserver en homme avare et sordide ; ils s’augmenteront au fur et à mesure que vous en ferez part à plus de monde.

Mais combien est courte et agitée la vie de ceux qui oublient le passé, négligent le présent, craignent pour l’avenir ! Arrivés au dernier moment, les malheureux comprennent trop tard qu’ils ont été si longtemps occupés à ne rien faire.

Ne regardez pas non plus comme une preuve qu’ils vivent longtemps, si le jour, souvent, leur parait long, et qu’en attendant le moment fixé pour leur souper, ils se plaignent que  les heures s’écoulent avec lenteur ; car si quelquefois leurs occupations les quittent, ils sont tout accablés du loisir qu’elles leur laissent ; ils ne savent ni comment en faire usage, ni comment s’en débarrasser : aussi cherchent-ils une occupation quelconque : et tout le temps intermédiaire devient un fardeau pour eux.

Tout ce que donne le hasard est peu stable ; et plus il vous élève, plus haut il vous suspend au bord du précipice. Or, personne ne doit se complaire à des biens si fragiles.

Ils acquièrent avec peine ce qu’ils désirent, et possèdent avec inquiétude ce qu’ils ont acquis. On ne tient cependant aucun compte d’un temps qui ne doit plus revenir : à d’anciennes occupations on en substitue de nouvelles ; un espoir accompli fait naitre un autre espoir ; l’ambition provoque l’ambition. On ne cherche point la fin des peines, seulement on en change l’objet.

La condition de tous les gens occupés est malheureuse : plus malheureuse est celle des hommes qui chargent leur vie de soins qui ne sont pas pour eux, attendant pour dormir qu’un autre dorme, pour faire un pas qu’un autre marche, pour manger qu’un autre ait appétit. »

Je vous laisse méditer sur cela.

Paix et Sérénité,

P.C

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